Plan pour l'emploi des travailleurs âgés

Commentaire sur la législation
La CCT n°104 impose aux entreprises de plus de vingt travailleurs d’établir un plan pour l’emploi des travailleurs âgés.
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mis en ligne le 19.07.26, par la rédaction, prevent.be

Mis à jour le:

Cadre légal

L'obligation d'établir un plan pour l’emploi des travailleurs âgés a été introduite par la loi-programme du 29 mars 2012 (MB du 6 avril 2012 - chap. 8, art. 107-112). 

Une convention collective de travail (CCT) s'est chargée d’en préciser les modalités: la CCT n°104 relative à la mise en œuvre d'un plan pour l'emploi des travailleurs âgés dans l'entreprise, approuvée le 27 juin 2012, a été rendue obligatoire par l'AR du 24 octobre 2012

Les dispositions de cette CCT, entrées en vigueur le 1er janvier 2013, ne s'appliquent qu'aux entreprises du secteur privé occupant plus de 20 travailleurs . 

Plan pour l’emploi des travailleurs âgés

Obligation

L'obligation d'établir un plan pour l'emploi des travailleurs âgés vise à maintenir ou accroître le nombre de travailleurs de 45 ans et plus dans l'entreprise. 

Cette obligation ne s'applique qu’aux entreprises occupant plus de vingt travailleurs. Les plus petites entreprises et les employeurs du secteur public en sont dispensés. Pour déterminer le nombre d’employés occupés dans l’entreprise, il faut tenir compte du nombre de travailleurs et d'intérimaires équivalents temps plein occupés dans l'entreprise le premier jour ouvrable de l'année civile de l'établissement du plan pour l'emploi.

Plan annuel ou pluriannuel

L’employeur peut opter pour l’établissement d’un plan annuel ou pluriannuel. Comme les mesures peuvent s'appliquer sur une longue période, l'employeur peut les étaler sur plusieurs années.

Contenu

Le plan doit contenir des mesures à choisir dans un ou plusieurs domaines d'action. Il s’agit d’une liste non-limitative. Les employeurs peuvent donc encore la compléter par la suite.

Les domaines d’action proposés sont:

  1. sélection et engagement de nouveaux travailleurs
  2. développement des compétences et des qualifications des travailleurs, y compris l'accès aux formations
  3. développement de carrière et accompagnement de carrière au sein de l'entreprise
  4. possibilités d'obtenir, via une mutation interne, une fonction adaptée à l'évolution des facultés et des compétences du travailleur
  5. possibilités d'adaptation du temps de travail et des conditions de travail
  6. santé du travailleur, prévention et possibilité de remédier aux obstacles physiques et psycho-sociaux entravant le maintien au travail
  7. systèmes de reconnaissance des compétences acquises.

L'employeur peut sélectionner un seul de ces domaines d'action ou même en choisir un en dehors de cette liste (p.ex. plans de diversité pour les travailleurs âgés). 

Un domaine d'action peut comporter plusieurs mesures et plusieurs domaines d'action peuvent être combinés lorsqu'ils renvoient à des mesures communes.

Les mesures déjà mises en œuvre au sein de l'entreprise peuvent également figurer dans le plan pour l'emploi. 

Modèle

L'employeur a la possibilité de recourir au modèle de plan pour l'emploi qui figure en annexe de la CCT 104. 

Participation des travailleurs

Avis requis

L’employeur doit présenter le projet de plan pour l'emploi au conseil d'entreprise ou à la délégation syndicale (à défaut de CE, au comité pour la prévention et la protection au travail, ou, si il n’y a pas de Comité PPT, aux travailleurs de l'entreprise via la procédure de participation directe). 

Dans les entreprises occupant entre 20 et 49 travailleurs et au sein desquelles il n'y a pas de délégation syndicale instituée, l'employeur informe directement les travailleurs sur le plan pour l'emploi, même s’il y a un comité PPT.

Un avis sur le projet doit être émis endéans les deux mois. Cet avis peut éventuellement contenir des propositions complémentaires ou alternatives à l'égard de ce plan pour l’emploi. L’employeur peut décider d’adapter son plan en fonction de cet avis. S’il décide de ne pas le faire, il doit en donner les raisons.

L’employeur doit informer le conseil d'entreprise des résultats des mesures mises en œuvre chaque année. Il doit conserver le plan pour l'emploi pendant cinq ans et le tenir à la disposition des autorités compétentes.

Bien-être au travail? Intervention du comité 

Si le plan pour l'emploi prévoit des mesures relatives au bien-être au travail, l'avis préalable du comité est toujours requis.

Conservation

L'employeur doit conserver le plan d'emploi pendant cinq ans et, si nécessaire, le mettre à la disposition des autorités compétentes.

Evaluation de la CCT 104

Avis du Conseil national du travail 

Dans son avis sur l'évaluation de la CCT 104, en 2016, le Conseil national du travail (CNT) a souligné l’importance d’une politique de gestion des âges menée tout au long de la carrière et destinée à toutes les catégories de personnel. Les mesures ne doivent pas se limiter aux travailleurs de plus de 45 ans. L'approche doit en outre être adaptée aux besoins individuels et aux besoins de l’entreprise (pas de solution 'one size fits all'). 

D’après les retours obtenus, les mesures les plus fréquemment retenues visent principalement à maintenir le nombre de travailleurs de 45 ans et plus dans l’entreprise. Elles ont surtout été concrétisées dans les domaines d’action portant sur le développement des compétences et des qualifications, sur les possibilités d’adapter le temps de travail et sur le développement et l’accompagnement de carrière.

Le Conseil constate que certaines entreprises ont été éprouvé des difficultés à déterminer les mesures adéquates à prendre. Lorsqu’un diagnostic préalable a été réalisé, il a aidé à identifier les besoins, les attentes et les mesures utiles à mettre en place. La réalisation d’un diagnostic préalable peut donc s’avérer utile et apporter une plus-value intéressante pour la plupart des entreprises visées par la CCT 104. Ce diagnostic préalable pourrait, par exemple, reprendre les mesures déjà mises en place dans l’entreprise et/ou dans le secteur pour favoriser l’emploi des 45 ans et  + et présenter la structure des âges au sein de l’entreprise.

Pour faciliter leur évaluation, le Conseil recommande d’indiquer, pour chaque mesure reprise dans le plan pour l’emploi, les effets attendus et le rôle des parties impliquées dans le processus.

Peut mieux faire

Le service d'étude de la Mutualité chrétienne estime, en 2023, que la CCT 104 ne semble pas suffisamment contraignante: l’employeur choisit les mesures qu’il souhaite mettre dans son plan, mais rien ne l’oblige à leur donner un contenu ambitieux. Il faudrait plus de contrôles sur la mise en place des dispositifs prévus.

Un article sur la CCT 104, publié dans l'Arbeidsrecht Journaal en octobre 2025, présente une revue de la littérature sur les caractéristiques d'une politique d'active ageing efficace et une analyse de l'application de la CCT dans les entreprises belges. En combinant ces perspectives, l'autrice Emma Beirinckx conclut que la CCT, sous sa forme actuelle, n'atteint pas suffisamment ses objectifs. En cause, notamment la limite d'âge à 45 ans, la possibilité de ne reprendre que des mesures existantes dans le plan et l'absence de respect/contrôle de la CCT. L'autrice propose dès lors quelques modifications ciblées pour améliorer l'application de cette convention (p.ex. intégrer les actions dans une politique de gestion des âges au travail plus large). Le plan pour l'emploi a permis de sensibiliser à la problématique de gestion des âges au travail mais n’est pas considéré comme un outil: les actions existantes sont reprises lors de l’élaboration obligatoire du plan mais ont tendance à rester à l'état de formalité administrative.