Un accident du travail, et après? Témoignages de victimes

Un accident du travail peut avoir d’importantes conséquences, tant sur le plan privé que professionnel. Comment se reconstruit-on après un grave accident? Joël, Matthias, Roger et Etienne racontent leur vécu.
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publié le 27.04.26 par la rédaction, prevent.be

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Joël, 30 ans, technicien spécialisé dans un atelier de fabrication de pompes de précision

‘Ce matin-là, nous étions en train de déplacer une pompe de 470 kg quand elle a basculé. Une seconde d’inattention et par réflexe, j’ai avancé mon pied gauche pour la retenir. En retirant ma chaussure, j’ai vu que son pied avait la forme d’un “S”…’

À l’hôpital, on lui diagnostique plusieurs fractures complexes. Certains os étaient tellement endommagés que le médecin lui dit qu’il allait devoir lui amputer le pied: ‘J’avais l’impression d’être dans un mauvais film. J’étais désespéré: je cours des semi-marathons, j’ai deux chiens, j’ai besoin de me déplacer pour me sentir libre’. Puis l’anesthésie a fait son effet et il s’est endormi. À son réveil, il a vu avec soulagement que son pied était toujours là: comme l’intervention avait eu lieu sans attendre, l’amputation avait pu être évitée. Mais cinq autres opérations ont été nécessaires pour sauver définitivement son pied.

Il a dû retourner vivre chez ses parents. Sa maman, mère au foyer, et son papa, à la retraite, se sont occupés de lui 24 heures sur 24. “L’appartement a dû être réaménagé pour que je puisse me déplacer en fauteuil roulant. J’avais besoin d’aide, nuit et jour. J’ai été cloué au lit pendant trois mois. Je pouvais à peine marcher, je prenais jusqu’à 25 comprimés par jour. Des choses qui jusque-là allaient de soi sont tout à coup devenues insurmontables. Chaque geste était un combat. Tout allait lentement. Il me fallait parfois une heure pour me faire un café. J’avais l’impression d’être un vieillard.’

‘J’ai appris à voir la vie sous un nouveau jour. Des choses qui semblaient évidentes, comme être en bonne santé, aller faire mes courses ou pouvoir travailler, ont pris un nouveau sens. Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas d’habitude. C’est quand on les perd qu’on se rend compte de ce qu’on avait.’ 

Au centre de revalidation, où il devait s’entraîner tous les jours pour réapprendre à se tenir debout, il a rencontré des personnes qui avaient connu des choses plus difficiles encore et qui avaient retrouvé l’envie de vivre: ‘ça m’a donné de la force’. Pourtant, alors qu’il croyait être au bout de ses peines, une radiographie de contrôle a montré que son pied était de nouveau cassé. Il a dû être réopéré. Et le cercle infernal opération-revalidation a repris pour un temps.

Tout au long de sa convalescence, il a heureusement pu compter sur le soutien de sa famille, de sa compagne et de son employeur. ‘Ton poste reste libre, peu importe le temps que prendra ta convalescence. Nous avons besoin de toi, en tant que spécialiste et en tant que personne.’ 

Le retour au travail s’est fait progressivement: d’abord à 50%, puis en augmentant de 10% chaque mois. Personne ne lui a mis la pression. Après 5 mois, il travaillait à nouveau à 100%.

L’accident a bouleversé sa vie, mentalement aussi. Quand il repense à ce qui s’est passé, il ne pense pas seulement à l’accident, il pense aussi aux enseignements qu’il a pu en tirer: la patience, la gratitude et la valeur du soutien.

"Tant que je peux marcher et courir, je suis libre."

Matthias, 41 ans, grutier

‘Je travaillais sur un chantier de restauration d’une maison ancienne. Le toit avait été enlevé parce qu’il fallait le refaire. Avec ma grue, je devais introduire une benne vide par le toit, puis l’en ressortir pleine de gravats. Je ne travaillais pas depuis la cabine de la grue, en hauteur, mais bien au sol, les commandes autour des hanches’. 

A un certain moment, la benne, en déséquilibre, a commencé à osciller. ‘Dans ma tête, j’en étais déjà à l’étape suivante. Je n’étais pas totalement concentré sur la benne. Je n’ai pas réfléchi et j’ai voulu la stabiliser en la maintenant avec ma main’. Mais sa main est restée coincée dans les charnières. Son majeur et son annulaire ont été gravement touchés.

À l’hôpital, les médecins ont tenté en vain de sauver les deux phalanges du bout des doigts blessés. ‘Au bout de sept jours, il a fallu amputer. J’ai eu besoin d’onze mois de soins quotidiens. Il a aussi fallu rééduquer ma main et placer des prothèses. Je n’en pouvais plus.’  Mais au centre de revalidation, il prend conscience qu’il a eu de la chance. D’autres ne s’en sont pas aussi bien sortis. 

‘Au début, j’avais même peur de sortir de chez moi. Les gens fixaient ma main, les enfants faisaient des commentaires à leurs parents. J’avais honte. Mais maintenant je trouve qu’elle est cool, ma prothèse. Et elle me réserve des surprises: au supermarché, on me laisse parfois passer devant à la caisse!’

Matthias a voulu dès que possible retravailler à temps plein. ‘Pour piloter une grue, on n’a besoin que du pouce et de l’index. J’étais donc toujours capable de le faire, avec ou sans prothèse. Sur chantier, je n’ai des problèmes que pour saisir de petits objets lourds avec la main gauche. Mais j’arrive très bien à jouer à la PlayStation avec ma fille de 14 ans!’. Il attend de voir s’il pourra aussi travailler efficacement en hiver, dans le froid, la neige ou le vent.

"J’ai pris conscience que j’ai eu de la chance. D’autres ne s’en sont pas aussi bien sortis."

Roger, technicien, 52 ans

En octobre 2002, Roger, alors âgé de 28 ans, se trouve seul dans une fromagerie lorsqu’une centrifugeuse à lait explose. Les pièces sont propulsées avec une telle force qu’elles s’encastrent dans le mur. L’une d’elles sectionne sa jambe droite. 

‘Au début, à l’hôpital, j’étais triste et en colère. Une jambe en moins…! J’ai eu des hauts et des bas: j’ai eu plusieurs infections, j’ai dû être réopéré,… Mais malgré tout je me suis dit que j’allais tout faire pour reprendre une vie normale’. 

‘J’aimais le vélo, j’ai appris à en faire sur une jambe. J’ai rejoint l’équipe nationale de paracyclisme et j’ai participé à 22 championnats du monde et aux Jeux paralympiques de Rio (9e place!)’. 

‘A l’époque, j’ai fait un reclassement comme employé technico-commercial. Aujourd’hui, je travaille encore à 30% dans une agence publicitaire’.

“Ne jamais repousser à demain. La vie peut basculer complètement d’une seconde à l’autre.”

Etienne, agent municipal

En septembre 2020, Etienne chute de trois mètres dans un passage étroit et sans barrière de la déchetterie. Il est tombé sur la tête et le bras. Les conséquences sont lourdes: multiples fractures, six opérations (visage, poignet,…), deux ans d’incapacité de travail. Les médecins soulignent la chance qu’il a eue. 

Il a pu compter sur sa famille et son employeur, la municipalité, qui a adapté son poste après sa convalescence: il est devenu responsable de la déchetterie et de la mise aux normes du lieu de travail. Pour que quelqu’un d’autre ne tombe pas dans un passage sans barrière…

"Pour que quelqu’un d’autre ne tombe pas dans un passage sans barrière…"

Ces personnes ont raconté leur histoire à Suva, l'association suisse des assureurs accidents.


Source suva.ch