‘Ce matin-là, nous étions en train de déplacer une pompe de 470 kg quand elle a basculé. Une seconde d’inattention et par réflexe, j’ai avancé mon pied gauche pour la retenir. En retirant ma chaussure, j’ai vu que son pied avait la forme d’un “S”…’
À l’hôpital, on lui diagnostique plusieurs fractures complexes. Certains os étaient tellement endommagés que le médecin lui dit qu’il allait devoir lui amputer le pied: ‘J’avais l’impression d’être dans un mauvais film. J’étais désespéré: je cours des semi-marathons, j’ai deux chiens, j’ai besoin de me déplacer pour me sentir libre’. Puis l’anesthésie a fait son effet et il s’est endormi. À son réveil, il a vu avec soulagement que son pied était toujours là: comme l’intervention avait eu lieu sans attendre, l’amputation avait pu être évitée. Mais cinq autres opérations ont été nécessaires pour sauver définitivement son pied.
Il a dû retourner vivre chez ses parents. Sa maman, mère au foyer, et son papa, à la retraite, se sont occupés de lui 24 heures sur 24. “L’appartement a dû être réaménagé pour que je puisse me déplacer en fauteuil roulant. J’avais besoin d’aide, nuit et jour. J’ai été cloué au lit pendant trois mois. Je pouvais à peine marcher, je prenais jusqu’à 25 comprimés par jour. Des choses qui jusque-là allaient de soi sont tout à coup devenues insurmontables. Chaque geste était un combat. Tout allait lentement. Il me fallait parfois une heure pour me faire un café. J’avais l’impression d’être un vieillard.’
‘J’ai appris à voir la vie sous un nouveau jour. Des choses qui semblaient évidentes, comme être en bonne santé, aller faire mes courses ou pouvoir travailler, ont pris un nouveau sens. Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas d’habitude. C’est quand on les perd qu’on se rend compte de ce qu’on avait.’
Au centre de revalidation, où il devait s’entraîner tous les jours pour réapprendre à se tenir debout, il a rencontré des personnes qui avaient connu des choses plus difficiles encore et qui avaient retrouvé l’envie de vivre: ‘ça m’a donné de la force’. Pourtant, alors qu’il croyait être au bout de ses peines, une radiographie de contrôle a montré que son pied était de nouveau cassé. Il a dû être réopéré. Et le cercle infernal opération-revalidation a repris pour un temps.
Tout au long de sa convalescence, il a heureusement pu compter sur le soutien de sa famille, de sa compagne et de son employeur. ‘Ton poste reste libre, peu importe le temps que prendra ta convalescence. Nous avons besoin de toi, en tant que spécialiste et en tant que personne.’
Le retour au travail s’est fait progressivement: d’abord à 50%, puis en augmentant de 10% chaque mois. Personne ne lui a mis la pression. Après 5 mois, il travaillait à nouveau à 100%.
L’accident a bouleversé sa vie, mentalement aussi. Quand il repense à ce qui s’est passé, il ne pense pas seulement à l’accident, il pense aussi aux enseignements qu’il a pu en tirer: la patience, la gratitude et la valeur du soutien.