Opinion: Un vaccin contre la grippe en période de coronavirus? Oui!

Pour le médecin du travail Edelhart Kempeneers, se faire vacciner contre la grippe est encore plus important en période de coronavirus: cela permet de limiter la surcharge des hôpitaux et réduire l’absentéisme. Les mesures ‘corona’ ne permettent-elles donc pas de réduire de manière significative le risque de grippe et d’autres maladies infectieuses, rendant le vaccin superflu? Dans l’article qui suit, le Dr Kempeneers nous fournit les arguments pour nous convaincre de l’importance de se faire vacciner contre la grippe, même en période de pandémie de coronavirus.

Le virus influenza
Le virus influenza est une cause importante de mortalité. Chaque année dans le monde, 5 à 10% des adultes et 20 à 30% des enfants sont infectés par ce virus; 3 à 5 millions de cas sont sévères et 1 million de personnes décèdent. Le risque de complications sévères touche les jeunes enfants, les sujets âgés et les groupes à risque spécifiques (femmes en fin de grossesse, personnes atteintes de pathologies chroniques, personnes immunodéprimées, etc.).
Les virus influenza se transmettent par l’air via des gouttelettes respiratoires infectées et par contact direct. Les personnes touchées sont contagieuses un jour avant l’apparition des symptômes et le restent jusqu’à une semaine après.
La grippe, qui se caractérise principalement par l’apparition brutale de fièvre, céphalées, douleurs musculaires, toux, maux de gorge et rhinite, s’accompagne parfois aussi de douleurs abdominales, de vomissements, de nausées et de diarrhée.


Grippe versus coronavirus
Le coronavirus, assez similaire au virus influenza, a fait à ce jour environ 850.000 victimes. Ce chiffre est inférieur à celui de la grippe saisonnière, mais il faut tenir compte des mesures massives qui ont été prises. Les groupes à risque sont les mêmes. Seuls les enfants et les femmes en fin de grossesse sont épargnés. La transmission se fait également par gouttelettes, mais la transmission par aérosols est peut-être plus importante pour le coronavirus que pour le virus influenza. Les personnes sont déjà contagieuses deux à cinq jours avant l’apparition des premiers symptômes. Ceux-ci sont similaires, mais une perte de goût et d’odorat est aussi fréquemment constatée.
La propagation du coronavirus se poursuit dans le monde. Pour éviter une nouvelle flambée du virus en Belgique, les bulles de contact et les mesures de protection ont été maintenues. Ces mesures contribuent à endiguer une nouvelle croissance exponentielle du nombre de contaminations.

Des mesures ‘corona’, donc pas d’épidémie de grippe?
Vu que le mode de transmission du virus influenza est similaire à celui du coronavirus, les mesures ‘corona’ permettront probablement de réprimer une épidémie de grippe. Actuellement, l’hémisphère sud est en période hivernale et, par exemple, en Australie, la saison grippale semble être particulièrement modérée cette année. Historiquement parlant, la situation actuelle est comparable à l’épidémie de grippe espagnole de 1919-1920, durant laquelle les villes et les pays qui avaient adopté des mesures similaires pour lutter contre le virus influenza ont vu le nombre de décès se stabiliser. Il est toutefois difficile de prédire l’avenir.

Ne pas surcharger le système de santé
L’on constate de grandes différences entre les pays: au printemps dernier, la Belgique, par exemple, a été plus durement touchée que les Pays-Bas ou l'Allemagne. En outre, si nous n’avons connu qu’une ‘mini-vague’ cet été, nous ne sommes pas à l’abri d’un retour en force du virus cet hiver. Il faut donc veiller, tout comme au mois de mars dernier, à éviter une surcharge du système de santé, puisque les cas de grippe saisonnière s’ajouteront aux cas sévères de coronavirus. Il est d'ailleurs possible de contracter les deux virus. L’effet de telles co-infections n’est pas encore bien connu, mais les experts n’excluent pas une augmentation sensible du risque de complications.

Réalité économique
Il y a aussi une dimension économique. Le fait de ne pas prendre de mesure de prévention supplémentaire contre le virus influenza augmente le risque d’absentéisme dans les entreprises, que ce soit à cause de la grippe proprement dite ou d’une suspicion de contamination au coronavirus sur le lieu de travail. Les symptômes des deux maladies sont en effet similaires. Donc la personne qui présente soudainement de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires, devra, comme tous ceux qui ont été en contact étroit avec elle, être mise en quarantaine jusqu’à ce qu’une contamination au SARS-CoV-2 ait été exclue par un test PCR.

Campagne de vaccination ciblée

Si on ne dispose pour l’instant d’aucun vaccin contre le coronavirus - abstraction faite de celui de Poutine -, il en existe bel et bien un contre le virus influenza. Ce vaccin, qui doit être renouvelé tous les ans parce que le virus influenza mute rapidement, a tout de même une efficacité prouvée de 70% en moyenne. Il permet donc de réduire chaque année les hospitalisations (-70%) et les décès (-80%) liés au virus la grippe saisonnière. On peut lutter de manière active et préventive contre cette maladie infectieuse en menant une campagne de vaccination ciblée, l’objectif étant de vacciner en priorité le personnel soignant et les groupes vulnérables. 
Le virus de la grippe se propage de la même façon que le coronavirus et les groupes à risque sont globalement identiques. Les mesures corona permettront donc probablement de réduire également le nombre de cas de grippe. Cependant, même en saison grippale peu intense, la Belgique comptera tout de même plusieurs milliers de contaminations et de malades: ces cas-là sont évitables, car il existe un vaccin sûr et efficace contre cette maladie infectieuse.

À propos de l’auteur: Edelhart Kempeneers, médecin du travail, est actuellement directeur médical chez Attentia.
 

 

: preventActua 17/2020