Opinion - L’explosion du télétravail laisse un goût amer aux personnes handicapées

Les autorités belges ont pris des mesures pour ralentir la propagation du virus SARS-CoV-2. Par conséquent, de nombreux employeurs ont été contraints de permettre le télétravail, et de se montrer plus conciliants en matière d’horaires flexibles et à temps partiel. Il s’agit là d’une évolution positive, mais elle laisse un goût amer aux personnes handicapées, qui le demandent depuis des années... en vain.

Mesures imposées
Ces dernières semaines et ces derniers mois, les autorités belges ont systématiquement imposé différentes mesures, suivant les recommandations d’un groupe de travail et d’experts de la santé. Le but est de ralentir suffisamment la propagation du virus SARS-CoV-2 pour que notre système de santé ne soit pas surchargé. Cela nous laisse aussi du temps pour trouver un remède adéquat et développer un vaccin efficace d’ici le début de l’an prochain.
Ces mesures comprennent entre autres la suspension des réunions physiques non essentielles et le télétravail obligatoire (lorsque c’est possible). 

Le télétravail devient la norme du jour au lendemain
Cela a provoqué une onde de choc dans notre société. Avant même que la fermeture obligatoire de bon nombre de magasins et d’entreprises non essentiels ne soit décrétée, le trafic matinal était devenu plus calme qu’il ne l’avait été depuis trente ans, et il n’a fait que s’atténuer depuis. De nombreux travailleurs sont en chômage temporaire parce que l’employeur n’a pas d’autre choix. Mais beaucoup d’employeurs et de travailleurs ont aussi dû faire d’énormes efforts d’adaptation ces dernières semaines. Ce que l’on croyait non négociable ou impossible hier est aujourd'hui devenu la norme, comme le travail à domicile, les horaires de travail flexibles, les réunions virtuelles et les boîtes de discussion. C’est ainsi que Microsoft Teams a vu son nombre d’utilisateurs quotidiens plus que doubler, passant de 20 millions en novembre 2019 à 44 millions aujourd’hui.

Personnes handicapées
Tout ceci laisse un goût amer aux personnes handicapées. C’est ce que montre un article récemment publié par le magazine de mode américain Teen Vogue. Dix jeunes handicapés y évoquent des opportunités manquées, ainsi que des obstacles autrefois considérés comme insurmontables par des employeurs potentiels, et qui se sont pourtant volatilisés avec la crise actuelle du coronavirus. En Belgique, une législation anti-discrimination vise à promouvoir l’égalité des chances. L’institution publique indépendante Unia veille à son application. Elle pourrait aussi témoigner de nombreux dossiers dans lesquels les avis et recommandations ciblés qu’elle avait formulés à l’égard d’entreprises ont été rejetés, comme par exemple l’instauration du télétravail (“impossible: il faut pouvoir être sur place physiquement, pour assister à des réunions, entre autres”) ou le travail à temps partiel (“irréalisable d’un point de vue opérationnel”).
Mais soudain, tout devient possible, pour pouvoir maintenir les gens au travail malgré la pandémie. Comme cet employeur qui rappelle un travailleur en congé de maladie de longue durée pour lui demander s’il ne voudrait pas reprendre le travail un jour par semaine, même à domicile…

Un espoir pour l’avenir?
Cela donne peut-être de l’espoir pour l’avenir. Car maintenant que les employeurs, contraints de trouver des solutions innovantes, ont constaté qu’ils pouvaient aussi procéder différemment, ils seront peut-être plus enclins à accepter des adaptations raisonnables de l’organisation ou de l’environnement de travail. D’un autre côté, après la crise du coronavirus, nous ferons probablement face à une crise économique grave. Sachant qu’un travailleur sur cinq craint actuellement pour son emploi, on peut se demander si les employeurs (restants) auront demain suffisamment de marge dans un avenir proche pour recruter ou laisser une certaine flexibilité…

 

À propos de l’auteur: Edelhart Kempeneers est médecin du travail. Il est actuellement directeur médical chez Attentia.

 
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