Le métier de pêcheur est l’un des plus dangereux au monde

L’Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (plus connue sous l’abréviation FAO, de l’anglais "Food and Agriculture Organization of the United Nations") estime que la sécurité des pêcheurs a fait peu de progrès dans le monde malgré les efforts fournis par différentes institutions pour l’améliorer (1). Avec ses 24.000 morts annuels dans le monde, le métier de pêcheur reste l’un des plus dangereux du monde. Mais qu’en est-il de la prévention des accidents du travail des pêcheurs en Belgique?
Marine marchande >< bateaux de pêche
Le FAO souligne qu’en matière de sécurité, les marins occupés sur des navires de la marine marchande ou sur des bateaux de pêche ne sont pas logés à la même enseigne. D’une part, les conditions de travail sont différentes: dans la marine marchande, la plupart des opérations à risques ont lieu dans l’environnement plus sécuritaire du port alors que sur les bateaux de pêche, les équipages s’activent en pleine mer et par tous les temps, les cales du pont restant souvent ouvertes pour stocker au plus vite le produit de leur pêche.
D’autre part, les réglementations en matière de sécurité ont été accueillies de manière opposée: leur adoption, qui a fait de grands progrès dans la marine marchande, se heurte à une forte opposition dans le secteur de la pêche, où les patrons voient d’un mauvais oeil toute restriction pouvant affecter leurs revenus.

Pêcheur sous pression
La FAO estime que la plupart des accidents mortels sur les bateaux de pêche sont dus à la conjonction d’un équipement défaillant et d’un comportement humain inapproprié. D’après la FAO, dans le secteur de la pêche, le comportement de l’homme et les erreurs qu’il commet sont à l’origine de 8 accidents sur 10. Bien que ces erreurs puissent être attribuées dans certains cas à un manque de conscience des risques ou de pratique, elles sont surtout liées à la pression socio-économique qui règne dans le secteur. Le contexte est en effet celui d’une compétition intense, stressante et épuisante, où les pêcheurs se battent contre le temps pour prendre leur part d’une ressource limitée (quotas) et en retirer des revenus suffisants pour vivre.
La mécanisation croissante, qui a considérablement amélioré les conditions du travail et l’efficacité des opérations, a un revers: comme elle est coûteuse, les patrons rognent sur les frais de personnel. Par effet domino, la mécanisation augmente donc la charge de travail d’un équipage dont la taille est désormais réduite.
Enfin, le risque élevé de perdre la vie ou d’être blessé est souvent considéré comme faisant partie du métier: dans la culture propre au secteur, une vie de pêcheur est par définition dangereuse… Cet aspect des choses constitue, selon la FAO, l’un des freins les plus importants et les plus sous-estimés au développement de la sécurité au travail des pêcheurs.

Prévention en Belgique
Les secteurs de la pêche et la marine marchande sont quasiment les seuls à ne pas devoir faire appel au secteur privé pour leur assurance "accidents du travail". En effet, la responsabilité d’assurer les pêcheurs et les gens de mer est assumée par le Fonds des Accidents du travail (FAT). Les partenaires sociaux du secteur ont voix au chapitre dans la politique du FAT par l’intermédiaire des comités techniques "pêche" et "marine marchande". La prévention d’accidents du travail à bord des navires de pêche a d'abord été traitée dans un forum mis sur pied à la demande des partenaires sociaux. Cette instance, qui s’appelait Commission nationale pour la prévention d’accidents du travail sur mer, comprenait des représentants des armateurs, des syndicats, de divers services d’inspection et du FAT mais manquait cruellement de moyens. Pour pallier ce manque, PREVIS (PREventie in de VISserij) (en français: prévention dans le secteur de la pêche) a vu le jour grâce à des fonds européens et flamands. Ce service de prévention, qui rassemble les représentants qui siégeaient auparavant dans la Commission nationale, s'occupe de tout ce qui touche à la sécurité dans le secteur de la pêche (analyses des accidents du travail, inventorisation des risques qui peuvent se présenter sur les bateaux de pêche, proposition de mesures de prévention...). PREVIS a des contacts suivis tant avec les armateurs qu'avec les patrons des bateaux et met régulièrement sur pied des campagnes de sensibilisation avec divers partenaires. PREVIS organise aussi des ateliers qui concernent notamment la sécurité du navire, la stabilité, les systèmes d’alarme sur gui et treuil, les procédures d’amarrage sécuritaires, la sécurité de l’équipage, les procédés de travail sûrs et la prévention incendie dans la salle des machines.

Statistiques
La quote-part belge à l'hécatombe mondiale du secteur de la pêche (24.000 morts par an) est fort heureusement réduite. Mais, même en Belgique, le secteur est encore presque chaque année endeuillé par un accident mortel. PREVIS, qui a démarré la collecte de données concernant les accidents des pêcheurs en 2007, a dénombré cette année-là 79 accidents du travail parmi lesquels 6 étaient graves. En 2008, 55 accidents étaient enregistrés: 45 concernaient des blessures légères (avec une incapacité de travail de 4 jours au minimum), 9 des blessures graves et 1 avait eu une issue fatale. En Belgique, le secteur de la pêche compte actuellement environ 600 pêcheurs, répartis sur 97 bateaux.

Technologie
La technologie à bord des bateaux a beaucoup évolué ces dernières années, notamment sous l'influence du législateur. L'AR du 13 juillet 1998 (2) stipule notamment que, pour pouvoir être localisé en cas d'accident, le bateau doit disposer de moyens de sauvetage radio et de balises radio équipées d’un dispositif à largage hydrostatique.
Un système d'alarme dernier cri équipera à partir de mai 2009, tous les marins belges: un mini radio-émetteur intégré dans leur gilet de sauvetage à haute visibilité. Si un homme tombe à la mer, l’émetteur envoie une alarme à la fois à l’équipage du bateau et aux secours à terre. Le système, déjà utilisé en Espagne avec succès, permet de localiser le marin en détresse ou le corps de la victime, si elle a succombé.

Simulateur pour la navigation intérieure
La navigation intérieure qui a, elle aussi, connu une évolution phénoménale au cours de ses dernières années, vient d’accueillir un outil de formation à la hauteur des changements intervenus. Le poste de commande d’un bateau fluvial ressemble en effet de plus en plus à la cabine de pilotage d’un avion et la taille des navires n’a cessé de grandir (une longueur de 110 m et une largeur de 11 m sont des tailles moyennes aujourd’hui). Pour assurer une formation optimale, le campus Saint-Nicolas de Syntra a mis en service son premier simulateur fluvial en mars dernier. L’appareil permet aux futurs professionnels de s’exercer en toute sécurité aux différentes manoeuvres (amarrer et accoster, entrer et sortir d’une écluse,…) dans diverses circonstances climatologiques et de simuler des situations périlleuses.
Syndicats n°6, 27 mars 2009, FGTB.


(1) The State of World Fisheries and Aquaculture, Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), 2008
(2) AR du 13 juillet 1998 portant les prescriptions minimales de sécurité et de santé au travail à bord des navires de pêche et modification de l'arrêté royal du 20 juillet 1973 portant règlement sur l'inspection maritime (MB du 31 juillet 1998)
: PreventActua 09/2009