La mysophobie au temps du coronavirus

Coronavirus oblige, on se lave les mains régulièrement, on se méfie des poignées de porte et on évite d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur avec le doigt. Pour les personnes atteintes de mysophobie, ces comportements n’ont rien de nouveau. Quel impact la crise sanitaire a-t-elle sur ces patients? Les mesures anti-covid engendreraient-elles de nouveaux cas?

Troubles répétitifs
La mysophobie (phobie de la saleté et/ou des microbes) est un trouble obsessionnel compulsif (TOC). Une personne souffrant de TOC a des pensées obsessionnelles et des comportements compulsifs répétitifs: elle aura tendance, par exemple, à contrôler plusieurs fois si la porte est verrouillée, à se frictionner excessivement les mains, à successivement éteindre et rallumer la lumière ou à toucher certains objets de façon répétée, etc.
 
Pensées obsessionnelles et comportements compulsifs
Les pensées obsessionnelles sont ressenties comme intrusives et inopportunes. Ainsi, un mysophobe pense qu’il va attraper quelque chose s’il est en contact avec de la saleté, des bactéries, de l’urine... Pour lutter contre cette peur, il adopte certains comportements et exécute certains rituels compulsifs. Ces gestes délibérés (par exemple, se laver de façon excessive ou faire le ménage à outrance) sont donc destinés à le rassurer. Les personnes ayant un TOC se rendent compte que leurs pensées sont irrationnelles, mais ne peuvent pas s’empêcher de répéter ces actes qui sont sensés les rassurer. Ces actes doivent en outre être effectués un bon nombre de fois ou bien respecter une procédure compliquée et immuable.
 
Impact de la crise sanitaire
L’impact de la crise liée au coronavirus varie d’un mysophobe à l’autre. Certains se sentent mieux compris: on nettoie plus souvent et on se soucie davantage de l’hygiène des mains, on garde ses distances et on porte un masque… Ils n’ont plus le sentiment d’être bizarres ou différents: les actes, qu’ils effectuent certes de manière compulsive, ne sont désormais plus considérés comme “anormaux”. Pour d’autres, en revanche, comme les mesures ne sont pas respectées par tous, la peur s’est accrue avec la crise. Ils n’ont par exemple aucun contrôle sur le respect des règles par leur famille ou leurs proches. Et la peur du coronavirus vient alors s’ajouter à leurs autres angoisses, ce qui peut entraîner une augmentation des compulsions. Pour la psychologue Laurean Matthijs, qui traite les personnes atteintes de TOC, le télétravail, par exemple, peut entraîner deux types de réactions: “Certaines sont moins gênées par leur mysophobie: en travaillant chez elles et en limitant leurs sorties, elles sont moins confrontées à leur peur. D’autres, au contraire, sont davantage assaillies de pensées obsessionnelles car leurs distractions sont réduites et leurs routines et activités quotidiennes ont disparu.”
 
Plus de mysophobes à cause du coronavirus?
Selon Chris Bervoets, psychiatre à l’hôpital de Louvain et spécialiste des troubles obsessionnels compulsifs, le diagnostic doit être posé en tenant compte non seulement du comportement, mais aussi de ses conséquences sur la vie quotidienne. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on se lave souvent les mains qu’on souffre d’un TOC. Il n’est question de TOC que lorsque les compulsions poussent la personne à moins (ou ne plus) sortir ou que ses relations avec ses amis ou sa famille s’en ressentent. “Nombreux sont ceux qui présentent actuellement des symptômes obsessionnels sains. Cela ne veut pas dire qu’ils souffrent de mysophobie ou de TOC. On ne pourra évaluer l’impact éventuel de la crise sanitaire qu’après la pandémie. Des études devront se pencher sur la nature de cet impact et déterminer le groupe le plus à risque”, explique Bervoets. Le psychiatre et philosophe Damiaan Denys de l’université d’Amsterdam estime pour sa part que le TOC a une composante neurobiologique, ce qui signifie que tout le monde n’est pas prédisposé à en être affecté.
 
Sources: vrt.be, zorgwelzijn.nl, destandaard.be
: preventActio 08/2020