Gestion de la crise du coronavirus au travail: un service externe de prévention s’exprime

La crise du coronavirus est-elle bien gérée en Belgique? Nous avons posé la question au Dr Simon Bulterys et au Prof. Lode Godderis, qui travaillent tous deux chez Idewe.

Prof. Lode Godderis
Mesures décrétées
“J’ai du mal à comprendre pourquoi les autorités continuent à réprimander et à critiquer tout le monde. Certes, les mesures doivent être respectées scrupuleusement. Mais pour cela, il faudrait plutôt veiller à ce que les gens soient en mesure d’appliquer ces règles, c’est-à-dire leur donner suffisamment d’informations, les encadrer, ainsi que les aider et les motiver à adapter leur comportement. Car finalement, ces mesures ne sont pas si compliquées. Elles peuvent être résumées comme suit:
 (1) Maintenez toujours la distance nécessaire: un mètre et demi semble suffire;
 (2) Lorsque ce n’est pas possible, portez un masque;
 (3) Lavez-vous régulièrement les mains avec du savon ou désinfectez-les avec un produit approprié.
Ajoutez à cela: “restez chez vous” et vous aurez fait le tour”.
 
Rôle des conseillers en prévention
“Les services pour la prévention et la protection au travail doivent collaborer avec les entreprises et les institutions pour leur permettre d’élaborer des accords viables et d’aménager les postes de travail de telle manière que les membres du personnel ne soient pas exposés à un risque d’infection trop élevé. Cela s’applique également dans la sphère privée: ces derniers mois, nous avons tous pu constater que les restaurants appliquaient correctement les trois mesures précitées. Les conseillers en prévention étant habitués à effectuer des analyses des risques, il serait bon, une fois passé le pic de la seconde vague, d’imposer davantage la réalisation de ce type d’analyse des risques et l’introduction de mesures préventives comme condition d’ouverture. L’on pourrait alors permettre aux entreprises qui gèrent correctement les risques de rester ouvertes.”
 
Cadre légal actuel en matière de bien-être au travail
“J’ai été étonné que nos ministres du travail soient restés particulièrement silencieux pendant cette crise, tandis que les ministres de l’enseignement étaient sur toutes les chaînes de télévision. C’est dommage, car notre cadre réglementaire actuel offre suffisamment de possibilités pour instaurer une politique anti-infection en gestion propre. Il n’est donc pas nécessaire de proclamer immédiatement toute une série de nouvelles obligations ou interdictions. Il en va de même pour le bien-être au travail: le cadre réglementaire actuel suffit dans un premier temps. Il impose en effet d’adapter l’analyse des risques à l’évolution des risques sur le lieu de travail. Cela concerne aussi les évolutions sociales, telles que les connaissances actuelles très avancées sur les risques d’infection, le soutien possible des services externes de prévention et l’existence au sein de toute grande entreprise d’organes consultatifs où la question du coronavirus peut être abordée.”
 
Dr Bulterys
Pic d’activité pour les services externes
“Pour les services externes pour la prévention et la protection au travail, cette crise a entraîné une énorme surcharge de travail. Outre les médecins du travail, qui tout comme leurs collègues du secteur des soins, doivent effectuer des tests Covid-19 sur des travailleurs et le cas échéant, délivrer les attestations et certificats requis, les infirmiers et les collègues du département gestion des risques ont également dû mettre les bouchées doubles. Ces derniers ont notamment été mobilisés pour assurer la détection et le suivi des contacts (traçage). Cela ne nécessite aucune formation médicale, mais il faut pouvoir montrer que l’on a de bons contacts au sein de l’entreprise.”
 
Structure étatique complexe 
“Les médecins du travail ont repris une partie importante des tâches effectuées dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Sur le plan juridique, il s’agit clairement d’une zone d’ombre: les tâches n’ont pas vraiment de rapport avec la médecine préventive et sont donc atypiques pour un service de prévention externe. C’est pourquoi il a fallu un certain temps pour que tous les collaborateurs d’Idewe soient sur la même longueur d’onde. Évidemment, nous avons dû aussi adapter nos procédures. À cette fin, nous avons consulté à plusieurs reprises les administrations fédérales, mais aussi les administrations décentralisées. La répartition aléatoire des compétences en matière de soins de santé parmi les différents pouvoirs politiques n’a pas facilité ces contacts, ce qui a entraîné des pertes temps.”
 
Le coronavirus, une opportunité
“Les services externes de prévention qui ont abordé la question du coronavirus plutôt activement avec les entreprises ont sans aucun doute marqué des points. Il est très probable que cela aura dissipé les doutes éventuels des entreprises quant à la valeur ajoutée que peuvent offrir les services externes de prévention.”
 
Basé sur des entretiens avec Dr Simon Bulterys, directeur général d’Idewe, qui prendra bientôt sa retraite, et le Professeur Lode Godderis, responsable actuel du département Knowledge, Information and Research, qui lui succèdera
 
À propos de l’auteur: Prof. ém. Jan Van Peteghem, Faculté des Sciences de l’Ingénieur à la KU Leuven

 

: preventActua 21/2020