Défibrillateur automatisé externe

Toute personne qui a suivi l’évolution du secteur des premiers secours ces derniers mois a certainement entendu parler des défibrillateurs automatisés externes ou DAE. S’il est indéniable que leur introduction dans le monde des premiers secours marque le début d’une ère nouvelle, elle a aussi suscité de nombreuses questions, tant au niveau du fonctionnement et de l’utilisation des appareils qu’au niveau des aspects légaux et des responsabilités en jeu. Les articles qui suivent visent à clarifier ces différents éléments.

Birgit Van Biesbroeck, infirmière - spécialiste en prévention chez IDEWE

DAE? Jamais entendu parler!
Dans le monde médical, les défibrillateurs sont utilisés depuis toujours pour aider les victimes d’un arrêt cardiaque par fibrillation (perturbation du rythme cardiaque). Jusqu’il y a peu, ces appareils étaient réservés à certains professionnels de la santé (p.ex. urgentistes, médecins,...). Depuis mai 2007, des changements dans la législation permettent également à des non professionnels d’utiliser ces défibrillateurs automatiques externes.

Cadre 1: DAE

Défibrillateur: appareil utilisé pour administrer un ou plusieurs choc(s) électrique(s) aux personnes présentant une fibrillation cardiaque
Automatique: sans aucune intervention humaine, l’appareil analyse le pouls du patient et si nécessaire, lui envoie un choc électrique.
Externe: l’appareil est à usage externe exclusivement. Il fonctionne avec des électrodes posées sur la cage thoracique du patient.

Qu’est-ce qu’un appareil DAE?
L’appareil DAE est utilisé pour le traitement des arrêts cardiaques par fibrillation. Ce type d’affection se traduit par un trouble du rythme cardiaque et des contractions chaotiques du cœur. Ce dernier est dès lors incapable de pomper le sang correctement, si bien que les organes ne sont plus irrigués par du sang frais et riche en oxygène. Lorsque le cœur fibrille, la victime peut rapidement perdre connaissance et si l'on n'intervient pas, elle risque de perdre la vie. Avec un défibrillateur, on peut enrayer la fibrillation du cœur en lui administrant un choc électrique qui le force à battre à nouveau "en mesure".

Dans la pratique, cet appareil fonctionne grâce à des électrodes appliquées sur la peau. L’appareil mesure et enregistre le rythme cardiaque de la victime. En analysant automatiquement le rythme cardiaque, il vérifie s’il faut lui administrer un choc électrique contrôlé.

A ce stade, il existe 2 possibilités. Si une fibrillation est observée, l’appareil va se préparer à administrer, avec l'intervention d'une personne, un choc contrôlé. Si par contre l’appareil juge qu’un choc n’est pas nécessaire, il conseillera à l’utilisateur de commencer la réanimation habituelle et le guidera dans cette tâche.

Tout au long de la procédure, l’appareil accompagne l’utilisateur et vérifie après chaque étape si toutes les actions requises ont été correctement exécutées. Dans le cas contraire, il répète les instructions jusqu’à ce qu’elles soient exécutées.

Dans la mesure où l’appareil prend pratiquement l’utilisateur par la main et lui explique ce qu’il faut faire à chaque étape, le risque d’erreur humaine est écarté. C’est la raison pour laquelle l’appareil peut également être utilisé par des profanes ou des personnes n’ayant suivi aucune formation médicale.

A quoi ressemble un DAE?
Dans la plupart des cas, le DAE se présente sous la forme d'un appareil carré très compact et comporte entre 1 et 3 boutons selon le type d’appareil utilisé. Il comprend un système d’analyse du rythme cardiaque intégré ainsi qu’un haut-parleur par lequel les instructions sont transmises à la personne qui dispense les soins. Ce système unique rend l’utilisation du DAE extrêmement aisée, l’appareil fournissant des instructions claires sur chacun des actes à poser à la personne qui dispense les soins.

Les électrodes, reliées à l’appareil, sont apposées sur la cage thoracique de la victime. Ces appareils fonctionnent avec des piles prévues pour un certain nombre de chocs électriques; lorsque ce nombre est atteint, un signal d’alarme prévient l’utilisateur qu’il faut remplacer les piles.

Réanimation et DAE: l’importance d’une intervention rapide
En réanimation, et en particulier lors de l’utilisation de l’appareil DAE, la règle qui prévaut est toujours "au plus vite au mieux". Pourquoi la rapidité de l’intervention est-elle si importante? Des études ont démontré que les chances de survie d’une personne ayant subi un arrêt cardiaque peuvent être doublées ou même triplées si on procède immédiatement à une défibrillation.

Pourquoi est-il important de recourir au DAE le plus rapidement possible? Lorsqu’une personne fait un arrêt cardiaque ou souffre d’une fibrillation, elle perd 10% de son tissu cardiaque à chaque minute qui passe sans activité cardiaque. Après 3 minutes d’inactivité, le cerveau a déjà subi des dommages irréparables.

Lorsqu’on sait qu’une ambulance ou les équipes du SMUR mettent en moyenne entre 10 et 15 minutes pour se rendre sur place, sans cette intervention, la victime serait déjà décédée. Si l’on peut commencer la réanimation combinée au DAE au cours des 3 à 4 premières minutes, la victime a 60% de chances de s’en sortir et le processus de dépérissement du cœur peut être ralenti jusqu’à 3% par minute. Pour limiter les effets physiologiques d’un arrêt ou d’une fibrillation cardiaque, il est donc crucial d’intervenir rapidement.

Les aspects légaux du DAE
La loi du 12 juin 2006 autorisant l’utilisation des “défibrillateurs” externes forme la base des aspects légaux pour l’utilisation du DAE. Cette loi stipule que "dans le cadre d’une réanimation, n’importe qui" peut avoir recours à un DAE. Cette loi a ensuite été complétée par l’arrêté royal du 21 avril 2007 qui fixe les normes de sécurité et les autres normes applicables au défibrillateur automatique externe utilisé dans le cadre d’une réanimation (MB du 18 mai 2007). Il y est stipulé clairement que la législation s’applique à toute personne, à l’exception des médecins et du personnel infirmier, dans le cadre d’une réanimation.

Les arrêtés d’exécution définissent également certaines conditions à respecter pour pouvoir disposer d’un DAE, comme par exemple une série de conditions relatives au rangement de l’appareil, etc. L’employeur est ici désigné comme une figure centrale, chargée de régler ces aspects pratiques. Il est en outre clairement mentionné que le propriétaire est responsable de l’entretien, des contrôles et de l’enregistrement de l’appareil. Chacune de ces actions doit être consignée dans un journal.

Cadre 2: Réglementation en matière de DAE sur le lieu de travail

- Loi du 12 juin 2006 autorisant l’utilisation de “défibrillateurs” externes (MB du 15 mai 2007)
- AR du 21 avril 2007 fixant les normes de sécurité et autres normes applicables à l’utilisation d’un défibrillateur automatique externe dans le cadre d’une réanimation (MB du 18 mai 2007)
- Circulaire du Service Public Fédéral Santé Publique, Sécurité de la Chaîne Alimentaire et Environnement du 10 septembre 2007 (Fournisseurs et conseillers)
- Circulaire du Service Public Fédéral Santé Publique, Sécurité de la Chaîne Alimentaire et Environnement du 7 septembre 2007 (Administrations publiques et communales)
Plus d’informations sur: www.hartveilig.be

PROCÉDURE:

Une procédure?
Lorsqu’une entreprise choisit de mettre un DAE à la disposition du personnel, il est recommandé d’établir une procédure pour son utilisation. Pour ce faire, l’entreprise réunit les différentes parties concernées (p.ex. la direction, les personnes responsables des premiers secours,...), lesquelles s’efforcent de définir les actions à entreprendre lorsque survient une situation mettant la vie de personnes en danger.
Une procédure doit être considérée comme un scénario dans lequel sont consignées les situations d’urgence éventuelles, les mesures à prendre et les exécutants. Ce scénario doit être acceptable, compréhensible et réalisable pour toutes les parties concernées et les personnes qui en prennent connaissance.

Quand?
La procédure doit avant tout décrire clairement dans quels cas et à quelle fin un DAE peut être utilisé. Un DAE peut être utilisé uniquement si la victime est inconsciente et ne présente pas une respiration normale. Il doit être mentionné que le DAE administrera un choc uniquement en cas de fibrillation. Dans tous les autres cas, le soignant devra recourir à la procédure de réanimation ordinaire.
La description des parties concernées et de leurs tâches respectives est également cruciale. Il s’agit d'établir quelles personnes seront impliquées dans la rédaction de la procédure et quelles autres dans sa mise en application et la description concrète des tâches respectives.

L'appareil
La description doit bien entendu également porter sur l’appareil lui-même. Le type d’appareil utilisé doit être mentionné clairement, ainsi que le matériel contenu dans la trousse de secours qui l’accompagne, l’endroit où se trouve l’appareil, les mesures de précaution à prendre, etc. Tout ceci ne constitue évidemment qu’une partie de l’ensemble des éléments à mentionner.
Les aspects administratifs, le contrôle et l’entretien doivent aussi être pris en considération. Suivant la législation, ces tâches incombent au propriétaire. Celui-ci peut toutefois les déléguer, à condition que cela soit stipulé clairement dans la procédure.

Plan par étapes
La procédure comprend également un plan par étapes pour la réanimation et la défibrillation, dans lequel le DAE joue un rôle important. Pour établir ce plan par étapes, on utilise des documents déjà distribués par des organisations de secours ou autres.

Déclaration pour accord
Last but not least, la procédure doit également inclure une déclaration pour accord. Chacune des parties concernées signe la procédure pour accord, après avoir inscrit son nom en entier et la date. Avant d'appliquer la procédure, il convient de s'assurer qu'elle est parfaitement correcte d'un point de vue médical et respecte toutes les règles. Si elle n’est pas correcte, elle ne peut être mise en application.

: PreventFocus 2008/10