Covid-19 et TMS: risque accru pour les travailleurs migrants en Europe

Dans un document de réflexion, l’EU-OSHA explore les risques disproportionnés auxquels sont soumis les travailleurs migrants, notamment le risque accru de Covid-19 et de TMS. L’agence recommande également une série de mesures visant à protéger la santé et le bien-être des travailleurs migrants.

Risque accru
L’analyse de l’EU-OSHA confirme ce que des études antérieures avaient déjà révélé: les travailleurs migrants courent un risque plus élevé de TMS que les travailleurs autochtones, car ils sont plus fréquemment exposés à des risques physiques tels que les vibrations, les positions douloureuses et les charges lourdes. L’analyse montre également que les migrants sont plus souvent exposés au Covid-19. Les travailleurs migrants, en particulier les ressortissants de pays tiers, sont donc soumis à un risque double, de TMS et de Covid-19, et ce risque est plus élevé que les travailleurs autochtones (voir tableau).

 

Tableau: Pourcentages de travailleurs occupant des emplois présentant un risque plus élevé de TMS et de Covid-19

Origine

Travailleurs à haut risque d’exposition aux TMS

Travailleurs à haut risque d’exposition au Covid-19

Autochtones

59,8%

42,2%

Migrants ressortissants de l’UE

69,8%

43,1%

Migrants ressortissants de pays tiers

72,2%

49,3%

 

Focalisation sur le Covid-19
Dans la plupart des pays européens, les emplois présentant un risque élevé d’exposition au Covid-19 sont plus souvent occupés par des travailleurs migrants que par des travailleurs autochtones. Le document de réflexion se penche principalement sur cet aspect car peu d’études ont été menées sur l’exposition des migrants au Covid-19.

Covid-19: un écart plus important chez les hommes
Les femmes ont plus de risques de contracter le Covid-19 au travail que les hommes, et ce tant chez les autochtones que chez les migrants. Toutefois, en raison du nombre élevé de travailleurs migrants masculins occupant des postes peu qualifiés dans les secteurs du commerce, du transport et des services en Europe, l’écart d’exposition au Covid-19 entre les migrants et les autochtones est plus important chez les hommes. Le pourcentage de migrants masculins dans des emplois présentant un risque élevé d’exposition au Covid-19 est supérieur de 7% à celui des autochtones masculins (39% contre 32%). Chez les femmes, cet écart n’est que de 2%. De plus, l’écart d’exposition au Covid-19 entre les travailleurs migrants et autochtones est le plus élevé chez les personnes de plus de 40 ans, les personnes peu et non qualifiées, les indépendants et les travailleurs familiaux. Il en va de même pour les TMS.

Conditions de travail et de logement
Les conditions de travail et de logement augmentent le risque d’exposition au Covid-19, ainsi que d’autres risques pour la santé. L’analyse de l’EU-OSHA montre que les migrants en Europe sont souvent, de par la nature de leur travail, en contact étroit avec d’autres personnes (travailleurs, clients ou patients), ce qui les expose davantage au Covid-19 que les travailleurs autochtones. Ils ont aussi plus tendance à continuer à travailler lorsqu’ils sont malades, par crainte de perdre leur emploi ou de ne pas être payés, ce qui peut avoir pour effet d’aggraver ou de prolonger certaines infections. Cette situation est aussi associée à un accès moindre aux soins de santé et à l’information en raison des barrières linguistiques. Par ailleurs, les travailleurs migrants vivent plus souvent dans des ménages bondés, avec plus d’adultes et d’enfants. La combinaison de ces facteurs accroît encore le risque d’exposition pour les familles migrantes et complique l’application de bonnes mesures de quarantaine lorsqu’elles s’avèrent nécessaires pour certains membres du ménage.

Emplois présentant un ‘double risque’
Dans son analyse, l’EU-OSHA confirme également que la crise du coronavirus pourrait exacerber d’autres risques existants pour la santé des travailleurs migrants, notamment le risque de TMS. L’EU-OSHA estime qu’environ 9.200.000 travailleurs migrants dans 30 pays européens présentent un risque très élevé d’exposition au Covid-19 et aux TMS.
Si l’on considère la catégorie la plus préoccupante, à savoir les emplois présentant à la fois un risque accru d’exposition au Covid-19 et aux TMS, on constate que les travailleurs migrants y sont surreprésentés par rapport aux travailleurs autochtones. Plus d’un travailleur migrant sur quatre exerce un emploi présentant un ‘double risque’, contre moins d’un sur six pour les travailleurs autochtones (respectivement 28% et 17%).

Recommandations politiques
Face à la pandémie de coronavirus, il est indispensable d’adopter une politique tenant compte des migrants. Celle-ci ne doit pas se limiter au risque de Covid-19: une évaluation cumulative des risques permettra de mieux comprendre la situation, l’exposition à un risque donné survenant rarement de manière isolée. Les travailleurs migrants, chez qui le risque d’exposition au Covid-19 vient s’ajouter à des risques de santé graves et préexistants, devraient être prioritaires.

Barrière linguistique et communication
Les employeurs doivent tenir compte des particularités des travailleurs migrants, notamment de la barrière linguistique: une mauvaise connaissance de la langue peut avoir un impact négatif sur le respect des mesures de prévention (individuelles et collectives). La plupart des les migrants éprouvent des difficultés à respecter les mesures (inter)nationales si elles ne sont pas disponibles dans leur langue. En outre, les travailleurs qui ne maitrisent pas la langue ne peuvent bénéficier des mesures de protection visant à limiter les contacts physiques avec les clients (p.ex. commandes en ligne et par téléphone). Enfin, il est important que les travailleurs migrants aient accès aux informations relatives au Covid-19 dans leur langue (mesures sanitaires, services médicaux…).

Mesures économiques
Les migrants ont souvent des contrats à durée déterminée et une rémunération moins élevée que celle des travailleurs autochtones. Ils ont aussi moins souvent la possibilité d’exercer leurs activités depuis leur domicile. La crise sanitaire les expose à un risque accru de perte de revenus, puisqu’ils sont davantage susceptibles de perdre leur emploi et ne peuvent pas compter sur leurs économies. C’est pourquoi les mesures de soutien économique devraient également s’appliquer aux travailleurs migrants (accès aux programmes de bien-être existants, création de dispositions ciblant spécifiquement les travailleurs étrangers,…).

Logement
Les conditions de logement doivent répondre aux normes sanitaires, en particulier pour les migrants vivant dans des logements collectifs (demandeurs d’asile, travailleurs saisonniers,…). Le logement est aussi un élément crucial dans le cadre du télétravail comme mesure de protection contre le Covid-19.

Mesures anti-discrimination
La pandémie pourrait aussi accroître la discrimination envers les migrants (fake news, informations erronées,…).

Source: osha.europa.eu (COVID-19 and musculoskeletal disorders: a double burden of risk for migrant workers in Europe?)

: preventMail 26/2021