Covid-19 et perte d’odorat

Jusqu’à récemment, en cas de contamination par le coronavirus, l’attention était surtout portée sur les symptômes sévères. Mais depuis quelques mois, on s’intéresse davantage aux troubles chroniques. L’un de ces troubles est une altération de l’odorat, ou dysosmie (dysfonction olfactive). Dans ce cas, un traitement peut s’avérer utile.

Quand la guérison spontanée se fait attendre
Un des symptômes typiques de la Covid-19 est une diminution (hyposmie), voire une perte totale (anosmie), de l’odorat. Cette dysosmie survient chez environ 64% des patients présentant des symptômes légers ou sévères. Elle est souvent due à un gonflement de la muqueuse nasale, et s’améliore donc assez rapidement après la guérison. Dans une minorité des cas toutefois, on observe des dommages neurologiques. Chez ces personnes, le sens de l’odorat reste altéré pendant plus de deux semaines. Une guérison spontanée survient généralement dans les trois à six mois qui suivent l’infection, mais il existe aussi des cas de personnes atteintes de dysosmie qui ne se sont toujours pas rétablies à ce jour, neuf mois après l’infection. Dans de tels cas, il peut être envisagé de recourir à un traitement identique à celui utilisé pour soigner des symptômes similaires, après une infection virale.
 
Entraînement olfactif
L’entraînement olfactif consiste à humer une série d’odeurs pendant vingt secondes, au moins deux fois par jour, sur une période d’au moins trois mois. Les odeurs habituellement utilisées sont la citronnelle, la rose, le clou de girofle et l’eucalyptus. Des études scientifiques ont montré que l’entraînement olfactif conduisait à une amélioration de l’odorat chez les patients atteints de dysosmie post-infectieuse. Étant donné que cette thérapie est peu coûteuse et que ses effets secondaires sont négligeables, elle peut être envisagée pour les patients présentant une dysosmie persistante liée à la Covid-19.
                                                                           
Traitement médicamenteux
Les corticostéroïdes oraux et intranasaux répriment les réactions inflammatoires chroniques et sont parfois utilisés par les patients souffrant de dysosmie post-infectieuse. Cependant, à l’heure actuelle, les corticostéroïdes ne sont pas recommandés pour traiter ces cas, parce que leur intérêt n’a pas été démontré et qu’ils présentent un risque de dommage. Par souci de sécurité, l’administration de corticostéroïdes systémiques n’est pas recommandée pour le traitement routinier de la Covid-19 sévère. Si aucune maladie inflammatoire n’est observée par endoscopie ou imagerie, il est peu probable qu’un traitement par corticostéroïdes ait un effet favorable sur une dysosmie post-Covid-19, comme c’est le cas pour les autres causes de dysosmie post-infectieuse. Les patients qui utilisaient des stéroïdes intranasaux avant d’avoir développé la Covid-19 (par ex. pour une rhinite allergique) doivent néanmoins poursuivre leur traitement.
 
Certains médicaments se sont révélés très prometteurs en cas de dysosmie post-infectieuse. Il s’agit entre autres du citrate de sodium intranasal, qui module probablement les cascades de transduction du récepteur olfactif; de la vitamine A intranasale, qui peut favoriser la neurogénèse olfactive; et des oméga-3 systémiques, qui peuvent agir via des substances neurorégénératives ou anti-inflammatoires. Ces deux derniers médicaments peuvent servir de thérapies adjuvantes en parallèle à l’entraînement olfactif. À ce jour, toutefois, rien ne prouve que ces thérapies soient efficaces chez les patients atteints de dysosmie liée à la Covid-19.
 
Conseil de sécurité
Une altération de l’odorat implique un risque accru pour la sécurité et la santé de la personne concernée. En effet, le sens de l’odorat nous prévient de la présence de gaz toxiques, ou nous évite de manger de la nourriture avariée, entre autres. Pour les personnes atteintes de dysosmie, il est donc recommandé d’installer des détecteurs de fumée et de gaz. Ces personnes doivent aussi faire plus attention à la date de péremption (‘à consommer jusqu’au’) des aliments périssables.
 
Conclusion
Lorsque la dysosmie liée à la Covid-19 s’améliore spontanément dans les deux semaines, aucun traitement spécifique n’est requis. Mais si les troubles persistent, il peut être raisonnable d’envisager un traitement utilisé pour des symptômes similaires après une infection virale, notamment un entraînement olfactif et un traitement médicamenteux. L’efficacité de ces traitements sur les patients post-Covid-19 n’a toutefois pas encore été démontrée.
 
Encadré: Traitement d’une altération permanente de l’odorat
Entraînement olfactif Médicament Conseil de sécurité
Humer de la citronnelle, de la rose, du clou de girofle et de l’eucalyptus durant 20 secondes, 2x/jour , ≥ 3 mois Citrate de sodium dans le nez, vitamine A dans le nez, capsules d’oméga-3 Détecteurs de fumée et de gaz, plus grande attention à la date de péremption des aliments
 
À propos de l’auteur: Edelhart Kempeneers, médecin du travail, est directeur médical chez Attentia.
: preventActua 06/2021